Le marché des dettes publiques
Par Nautilus le mardi, novembre 22 2011, 23:44 - L'économie - Lien permanent
On parle beaucoup de crise de la dette mais peut on parler d'un marché de la dette en crise ?
Sujet d'actualité quotidien, les dettes publiques de quasiment tous les pays augmentent sans discontinuer et ce depuis des années et des années voir des décennies. Ces dettes pourtant déjà importantes depuis longtemps sont devenues la principale inquiétude du monde économique et politique.
Regardons en arrière il y a 5 ans voir même 3 ans et nous verrons qu'à l'époque ces dettes ne posaient pas autant de soucis. Prenons même l'exemple de l'année 2001, il y a donc 10 ans, où la dette dépassait déjà les 850 milliards. Certes entre temps la dette a presque doublé mais en 2001 les 850 milliards n'étaient ils pas déjà inquiétant ? Et pourtant cette dette était loin d'être un sujet prioritaire. Qui à l'époque savait ce qu'était une agence de notation et son but ? Le pourcentage du PIB de la dette publique ? Le total de la dette ? Qui savait que les seuls intérêts de cette dette représentait déjà un budget énorme ?
Comme ceci étant une impression personnelle, j'ai parcouru de nombreux articles de l'époque et cela a largement confirmé mon impression avec même quelques perles comme par exemple un article ( un article quand même destiné à la formation continue des professeurs d'économies ... tout un programme ) qui calcule que la dette allez diminuer largement entre 2001 et 2010 puis carrément s'annuler en 2020 ... On ne peut évidemment pas jeter la pierre à ces calculs vu qu'ils se basaient sur une croissance bien plus importante que celle rencontrée par notre économie mais cela nous montre bien que le sujet de la dette était loin d'inquiéter vu que beaucoup d'économistes misaient sur une forte croissance pour au pire maintenir la dette voir la diminuer.
Maintenant que le cheminement on va dire de la conscience collective de la dette est précisée, nous allons revenir sur la base du sujet qui est non pas la crise de la dette mais de l'autre côté du miroir : le marché de la crise. Par marché de la crise, je parle de l'argent qui a été généré et qui est encore généré par les intérêts des dettes publiques. Au final depuis des décennies s'est créé un marché où les états empruntent et les banques ou fonds d'investissement prêtent. Un marché qui représentait il y a 20 ans déjà plusieurs dizaines de milliards d'euros par an et ceci rien que pour la France. Un marché la aussi à l'époque très sûr où les emprunts de l'état faisaient partis des emprunts les plus sûrs et des moins complexes et coûteux à gérer.
Comparez la quantité de personne ( recherche d'emprunteurs, gestion des crédits), de temps, d'investissement ( bureaux, publicité et communication ) entre quelques milliards prêter à l'état j'oserais dire en quelques clics ou à l'époque en quelques signatures et à l'équivalent prêter à des milliers d'emprunteurs en crédit immobilier par exemple.On comprend mieux pourquoi les prêteurs se faisaient une concurrence féroce sur les taux d'intérêts et l'attrait si important des emprunts d'état.
Mais un jour arrive où la dette mais surtout les dettes publiques deviennent si importantes que les prêteurs et les marchés économiques en viennent à se demander si ces états ne pourraient pas faire faillite. Une drôle de prise de conscience après des décennies de profits avec en plus des marchés qui donnent des leçons aux états, qui demandent des actes pour remettre les choses dans le bon sens alors que ces états étaient des valeurs refuges, une façon de placer de l'argent certes avec moins d'intérêts possible mais avec une certitude sur les gains et la récupération des sommes investies.
Cette prise de conscience est elle si emprunte de désirs louables d'empêcher la voie sans retour de la faillite d'un pays ou juste un moyen d'augmenter la pression sur les états et les forcer à emprunter à des taux plus élevés ? On ne peut pas dire forcer non, ils n'ont pas le choix de le faire mais par contre avoir installer un climat global économique qui justifie ses augmentations, peut être. Alors loin de moi l'idée du complot mondial des prêteurs contre les états pour les faire payer un prix maximum leurs emprunts mais cette prise de conscience tardive par les marchés et de nombreux acteurs de l'économie sonne au mieux comme de l'hypocrisie quand on regarde les commentaires de beaucoup d'économistes des 10 dernières années voir comme de l'opportunisme car si les dettes publiques inquiètent beaucoup de gouvernement et de citoyens partout dans le monde, elles profitent aussi à des milliers d'investisseurs qui avec par exemple l'augmentation des taux d'intérêts de la dette française ( qui anticipe largement la perte du triple AAA français ) augmentent largement leurs bénéfices.